« le breakdance entre aux JO… Quid de la capoeira »

Un article de Mandacaru, Paris. Contributeur SOU CAPOEIRA!

Le breakdance entre aux Jeux Olympiques… Quid de la capoeira ?

Le Comité International Olympique situé à Genève, en Suisse, vient de valider l’entrée de 4 nouveaux sports

© Comité international olympique

(breakdance, surf, escalade, skateboard) aux jeux olympiques en 2024 dans une volonté de mettre en valeur les sports urbains pour s’adapter à un public jeune, avec toutefois la possibilité d’enlever un sport après les JO de Tokyo 2020, mais pas d’en rajouter.

Qui aurait imaginé voir le breakdance aux Jeux Olympiques un jour ?

Morgan Hamm est le premier gymnaste a avoir utilisé les

© Comité international olympique

Air Flair (« vrille » qui consiste à faire un helicoptero en sautant sur les mains) dans ses enchainements de valse en équilibre et de thomas
en compétition aux jeux olympiques, fortement inspiré par la créativité des breakeurs et désireux d’introduire ces phases dans une discipline olympique afin de casser le schéma que représente
les 200 pages du code de pointage de gymnastique. Pablo Flores est le premier Bboy a avoir fait évoluer le flair (« Thomas » en gymnastique, inventé par Kurt Bilteaux Thomas dans les années
1970) en Air Flair, la figure emblématique du break dance et pour la plupart des Bboys, la plus dure à réaliser.

Le débat persiste entre les breakeurs, la danse est-elle un art ou un sport ? Le break nécessite l’énergie, la condition physique (assouplissement et musculation) ce qui équivaut largement à
l’entrainement d’un athlète dans une autre spécialité. Certains danseurs pensent que les Jeux Olympiques risquent de dénaturer leur discipline, que tout ça n’est que du zèle et du jeunisme
pour faire plaisir aux millénials et à la « génération Insta », tombés dans les réseaux sociaux quand ils étaient petits, qui seront les premiers à relayer la publicité pour RedBull, le sponsor de la seule
compétition officielle qui confère le titre de champion du monde de hip hop, le RedBull BC One

© RedBull BC One

(les sélections ont eu lieu lors du RedBull BC One France Cypher au W.I.P de la Villette en 2017 et
2018 et à Lyon cette année pour la finale en Inde à Mumbai.)

Comment le breakdance a-t-il fait pour entrer aux JO ?

Pas de grade, pas de fédération, un jury à l’applaudimètre… Rien ne prédestinait cette culture populaire issue du Bronx à entrer aux jeux Olympiques. Pourtant, le simple fait d’adhérer à la World Dance Sport Federation, rattachée à la Fédération Française de Danse et à toutes les fédérations de danse nationales, a fait baisser le pont-levis du Comité International Olympique pour leur tendre la perche.

© World Dance Sport Federation,
© Fédération Française de Danse

Avec 6000 licences, le breakdance a su s’imposer devant le karaté qui ne compte que 3000 licenciés. Les karatékas sont dégoutés, certains s’entrainaient dur dans l’espoir qu’un jour leur sport devienne sport olympique, des champions d’Europe non reconnus, qui ne sont pas prêts de raccrocher leur kimono au vestiaire pour autant, mais qui encaissent le coup pour 2024.

Du breakdance à la capoeira, il n’y a qu’un pas

Flavio Do Amaral Da Silva, ou « Neguin », son apelido chez ABADA capoeira, est mondialement connu sous le « blase » de Bboy Neguin,

© Flavio Do Amaral Da Silva, ou « Neguin »

le capoeiriste qui mélange le break à la capoeira. Il a dansé pour les spectacles de la chanteuse Madonna à l’instar de Bboy Lilou et de Brahim Zaïbat, l’ex de Madonna, le créateur du célèbre situé à côté de la Cité du Cinéma en Seine-Saint Denis, qui servira de village olympique en 2024 et de QG des médias.

© Brahim Zaïbat

Les « freeze » et les mouvements « Y », « nineteen » en break ne sont autre que les « queda de rins », « au batido » et « pião de mão », sans parler des « macaco » qui ont gardé le même nom en langage hip hop, la preuve d’un retour aux sources, la capoeira est bien l’ancêtre du hip hop…

© Breakalua

Breakalua est d’ailleurs le nom de l’association de breakdance de Cordão de Ouro à Angers, où sont passés Mestre Xuxo, Mestre Estrangeiro, Mestre Chicote et son élève Mestre Piolho.

Une volonté d’instaurer la capoeira aux jeux olympiques déjà existante

© Filosofia da Capoeira

« Oui mais la capoeira, c’est pas de la danse », 100% des capoeiristes interrogés ont déjà joué dans une roda pour arriver à cette conclusion. Alors comment définir la capoeira ?

Revenons aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, vous avez surement vu la démonstration de capoeira organisée par des frenchies à la télévision au Club France (QG des médias français à Rio lors des JO). Pendant les Jeux Olympiques de Rio, toutes les lignes de bus allant de Rio de Janeiro aux favelas ont été coupées, pour ne pas effrayer les touristes. Le stade olympique, construit pour les jeux qui a creusé l’endettement du Pays, a été perçu comme une « gigantesque
fête à laquelle les habitants n’ont pas été invités » et comme un gouffre financier. Il est aujourd’hui désafecté. Il s’agit a posteriori d’une des gouttes d’eau qui a fait déborder le vase et abouti à
l’élection du Président d’extrême droite Jair Bolsonaro aujourd’hui.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de mettre la capoeira aux jeux olympiques, face à cette requête, la question fatidique : « qu’est-ce que la capoeira ? » Comment la définir ? Si vous ne savez pas
vous organiser vous même, pourquoi voudriez-vous que le CIO s’organise pour vous grossomodo… Définir la capoeira paraît impossible, c’est comme essayer d’attraper de l’eau avec
sa main, elle va s’échapper, c’est une culture populaire qui ne se limite pas à un sport, c’est une forme de liberté qui par nature n’obéit à aucune règle, seulement des codes qui varient selon les
groupes, les personnes, les époques.

© World Capoeira Federation (WCF)

La World Capoeira Federation (WCF) qui regroupe les grands groupes : Capoeira Senzala, Capoeira Brasil, Groupe Capoeira Muzenza, Capoeira Gerais, Axé Capoeira et qui supervise des
compétitions à échelle mondiale a pour objectif d’instaurer la capoeira aux jeux olympiques. Mestre Burguês, président du groupe Muzenza, a déclaré au Mondial Muzenza 2017 à Fortaleza :
« nous sommes moins bien organisés que le judo », c’est pour dire.

Certains capoeiristes n’en démordent pas comme l’un d’entre eux qui témoigne : « Oui, bien sûr ça aurait dû être aux Jeux Olympiques. Ça aurait valorisé notre discipline et surtout valorisé la culture brésilienne. Vous savez, on fait des compétitions de capoeira. Il y a des médailles. Alors pour gagner il ne faut pas être violent, il faut être beau, il faut que le corps bouge bien. Mais surtout, surtout sans agressivité ».
La WCF a organisé depuis le World Championship On Sport Capoeira à Baku, en Azerbaïdjan, où réside le siège de la plus grande fédération internationale de capoeira, rassemblant les
champions des différents évènements : Contramestre Arthur FIU, vainqueur du RedBull Paranauê, Professor Magrela champion du monde de Muzenza, Mestre Tico de Cordão de Ouro qui a
terminé vainqueur de l’évènements, autant de célébrités de la caposphère qui restent des inconnus au bataillon aux yeux du grand public.

Pour l’instant, chaque groupe international ou national fait ses propres compétitions, et c’est déjà ça. Une fédération par nature est ce qui regroupe plusieurs associations. Dans ce sens, les
groupes multinationaux tels que Capoeira Brasil ou Muzenza sont des « fédérations » car plusieurs associations avec des noms différents leurs sont rattachées. Créer une fédération
nationale de capoeira a-t-elle vraiment un sens ? Au sens législatif oui, cela permettrait aux adhérents d’être assurés et d’avoir une remboursement de leur sport quel que soit leur mutuelle,
à condition de délivrer des licences. Cela permettrait aussi d’avoir un règlement pour des consignes de sécurité qui sont déjà basées sur le bon sens (s’attendre aux répercussions des
coups que l’on porte). « Salve capoeira », c’est vouloir préserver les racines de la capoeira et ne pas vouloir la dénaturer, par essence la capoeira n’a pas de règles. Par contre, gare à celui qui
usurpera à tort du titre de champion de France. Même si la capoeira n’a pas de règle, elle est censée obéir aux codes du sport. Sans fédération, l’usage frauduleux d’un titre de champion de
France est passible de 7000 euros d’amende, selon la Fédération française de Danse chez qui la capoeira est reconnue, mais non affiliée. La capoeira a par le passé été rattachée à la Fédération
française de savate sous prétexte que des techniques étaient similaires (les galopantes sont toujours mains ouvertes en capoeira pourtant). Le groupe Arte Capoeira qui organise l’évènement
la Coupe du Berimbau a choisi quant à lui de se greffer à la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées.

Un dialogue de sourds

Lors d’un évènement en France chez CDO, j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec Grão
Mestre Dunga, présenté comme président du Conseil Fédéral au Brésil, je lui ai posé la question
« pour ou contre la capoeira aux Jeux Olympiques ? » Il a commencé par se retourner vers Mestre

© Mestre Jogo de Dento

Bigode de Arame pour tergiverser en portugais « comme démonstration oui, seulement comme
manifestation culturelle. » Comme quoi, l’aspect compétitif de la capoeira peut susciter la
curiosité certes, mais est encore à des années lumières de faire l’unanimité… Comme pour les
Breakeurs ou certains karatékas qui trouvent ridicule la façon dont est présenté leur discipline, le
karaté Shotokan, en compétition, les capoeiristes ne reconnaissent pas forcément leur art

présenté de cette façon, sans parler des angoleiro aux bonnets longs et aux adeptes des abadas

© Red-Bull-Paranaue

aux rayures rastafari qui n’ont pas eu leur mot à dire et qui n’auront à en douter, pas franchement
l’impression de pratiquer la même activité que la capoeira régional ou contemporaine compte
tenu des directions diamétralement opposées.

Une ouverture pour 2028 ?

Quant aux Jeux Olympiques, nous avons jusqu’en 2021 pour introduire un nouveau sport auprès

© Red-Bull-Paranaue

du CIO. Si la capoeira avec la WCF, le RedBull Paranauê, ses groupes multinationaux avec ses
systèmes de cordes et ses championnats du monde interne peut sembler peser plus que le
breakdance avec son simple RedBull BC One, il n’en est rien. Tout est question d’une fédération
par pays participant, du nombre de licenciés et d’un financier (RedBull) pour investir et rafler la
mise. Comme dans chaque discipline, c’est ensuite aux athlètes de trouver leurs équipementiers.

© Red-Bull-Paranaue

S’il peut sembler trop tard pour 2024, il n’est pas impensable d’imaginer la capoeira aux JO de
2028 à Los Angeles, ce qui devrait dépendre de l’engouement pour le break dance et des
retombées économiques afin de pouvoir proposer un nouveau sport urbain, destiné à un public
jeune et dans l’air du temps.

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