Modèle de la capoeira en France

Un article de Mandacaru  (Paris) nouveau contributeur Sou Capoeira.

Comment avez-vous découvert la capoeira ?

Né dans les années 1990, la capoeira m’était alors inconnue. C’est en allant au Futuroscope à Poitiers,

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en l’an 2000, que j’ai découvert la capoeira lors de la projection d’un documentaire sur le Brésil et les favelas. Le coup de foudre a été inévitable. J’avais huit ans et j’étais loin d’imaginer à l’époque que j’allais dédier à cet art la moitié de mon emploi du temps, la moitié de ma vie et la moitié de mon argent de poche pour les cours, stages et événements de capoeira en tout genre !

Milieu aisé vs milieu défavorisé

Fils d’enseignant, je n’avais jamais entendu parler de la capoeira alors que les amis de mes parents étaient des artistes et des professeurs d’EPS. Autrement dit, ce n’est ni l’Etat ni l’Education nationale qui m’a fait connaître la capoeira, alors que le judo et les jeux d’opposition étaient, bien entendu, la norme à l’école primaire. Le paradoxe est qu’il a fallu que j’aille dans l’endroit le plus « futuriste » de l’Hexagone (le Futuroscope) pour que je découvre un art tribal datant de quatre siècles,

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© capoeira-bruxelles.com

non reconnu en France comme étant une discipline sportive, moins connue encore que le hip hop. C’est bien un système médiatique élitiste qui m’a fait découvrir ce sport, ce n’était pas le cinéma bien que passionné par Star Wars, ce n’était pas non plus la télévision, ni Internet, ni les jeux vidéos, mais ça c’était avant… Avant la sortie du jeu vidéo Tekken sur PSP et avant que le groupe Cordão de Ouro n’abreuve Youtube de ses vidéos pour nous mettre des étoiles plein les yeux par exemple. Je me souviens de cette prof de sciences économiques et sociales qui m’a dit au lycée « ah, tu fais de la capoeira ? Ce sport où il faut une souplesse extraordinaire pratiquée dans les milieux défavorisés ? » Elle en déduisait donc que je venais d’un milieu défavorisé car en France, on adore coller des étiquettes… Je lui pardonne car il y a au moins un enseignant qui connaissait la capoeira, c’est l’exception qui confirme la règle, comme on dit en sociologie.

 

La capoeira comme stabilisateur social ?

La part de vérité c’est qu’en France, la capoeira entoure le bassin parisien et que les groupes de capoeira venus s’implanter – les uns grâce à l’aide des autres, pour le soutien aux démonstrations et apparaître dans la presse locale – dans les années 1990 sont particulièrement actifs dans le 18e et 19e arrondissement, quartiers de l’immigration. Certains groupes ont pour rôle celui de « stabilisateur social », dans des quartiers comme Saint-Denis où 40% des gens, deux générations confondues, sont au chômage, ils permettent de lutter contre le décrochage scolaire,

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© Crédit photo : Singer JP

notamment grâce aux Ateliers bleus, qui permettent de donner des cours de capoeira aux enfants dont les parents n’ont pas les moyens de les inscrire à l’année. Regardez autour de vous et vous verrez que beaucoup de familles sont dans ces groupes de capoeira, personnellement c’est parce que mon cousin faisait de la capoeira à Cordão de Ouro à Angers/Cholet, donc par le bouche-à-oreille, que j’ai eu l’idée de chercher un groupe de capoeira en Île-de-France, en regardant sur le site Internet Capoeira France les adresses des groupes de capoeira à proximité de chez moi.

 

Un business indépendant ?

Aujourd’hui, ces groupes de capoeira, au lieu de travailler en symbiose même s’ils se respectent pour la plupart d’entre eux, se sont déclarés une guerre ouverte basée sur la compétition du libéralisme. En France, n’importe qui peut créer une association (grâce à la loi 1901) et ouvrir un groupe de capoeira, ce fut d’ailleurs ma première expérience, je suis resté deux ans dans un groupe de capoeira en Essonne qui a fermé, j’ai dû me rabattre sur le groupe présent dans la ville d’à côté. Il y a, aujourd’hui des pratiquants qui utilisent ce système d’Ateliers bleus pour envoyer d’autres capoeiristes donner un cours de capoeira dans telle ou telle école et créent ainsi leurs « business » en indépendant. Ces personnes sont bien souvent titulaires soit d’un BAFA, soit d’un BPJEPS d’éducateur sportif et sont rattachées ou non à un groupe de capoeira.

© MJC de Lumbin

Le système français permet à quiconque avec un minimum de qualification de donner des cours, je dis bien un minimum, compte tenu du quota d’animateurs qui n’ont pas le BAFA dans les centres. Ces personnes ont généralement un grade dans leur groupe, mais ce n’est pas toujours le cas, de toute façon les enfants ne font pas la différence entre un instructor formé et un capoeiriste qui se débrouille envoyé dans une école pour du remplacement. Les enfants ressentent par contre le fait qu’on change d’animateur chaque semaine et certains enfants finissent par se lasser de la capoeira au point de ne plus vouloir l’apprendre ni en entendre parler. J’ai d’ailleurs passé mon BAFA où mon maître de stage m’a dit de faire attention car ce n’était pas adapté. De la même façon, des profs d’EPS ont voulu créer des modules capoeira pour les élèves en 8 séances, mais la capoeira est une culture, difficilement compatible avec le système scolaire.

 

« Guérilla marketing »

Au-delà de cet aspect administratif, c’est vraiment la guérilla marketing qui a pris le dessus, certains groupes fabriquent des vêtements de capoeira (très jolis d’ailleurs) qui malheureusement donnent au consommateur ou adhérent l’idée que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, d’autres ont des sponsors (Decathlon) ce qui donne indéniablement envie d’adhérer au groupe le plus dans l’ère du temps et certains groupes s’interrogent ouvertement sur quels aspects marketing la capoeira peut se reposer (réseaux sociaux, Instagram, chaîne Youtube.)

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Certains groupes de capoeira sont de vrais multinationales, ont un copyright apposé à leurs noms et je me souviens de Mestre Burguês avec le patch de tous ses sponsors cousus sur son abada, c’est comique et cela donne envie. Des groupes utilisent parfois des « jeunes naïfs » pour donner des cours afin de remplir la carte pour entourer les groupes de capoeira concurrents (pas folle la guêpe.)

 

La transposition d’un modèle

Je ne compterais pas le nombre d’aberrations crées par la transposition du système brésilien en France, mais je vais quand même en citer deux, histoire de tirer la sonnette d’alarme : voir un ancien élève qui n’a ni grade, ni responsabilité au niveau de l’assurance, remplacer un prof de capoeira car celui-ci est absent et ne reviendra pas car il ne se trouve pas assez payé, cet ancien élève n’est donc ni formé par son groupe, ni payé, pour remplacer son supérieur hiérarchique, et le groupe laisse faire.

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© linternaute.com

Le deuxième exemple est celui des « franchises » de ces groupes de capoeira. Un gradé doit parfois payer l’adhésion de son groupe qui revient généralement au fondateur et n’est pas payé ou peu pour donner des cours au nom de ce groupe. Ou encore un Mestre, qui lorsqu’il vient en France peut réclamer ses « royalties » et exiger de repartir avec tout ou presque l’argent récolté pour le batizado, il nomme un élève du groupe responsable des finances et cet élève se retrouve à devoir payer des impôts sur une somme qu’il n’a évidemment pas touché ! Le système français est ce qu’il est pour le moment, et nul n’est censé ignorer la loi, pas même les Brésiliens qui ne connaissent pas l’URSSAF…

 

Respect mutuel et entraide

Je pense donc que la concurrence entre groupes nuit à l’aspect éducatif qui doit primer dans ces quartiers. J’entends beaucoup de médisance à propos de groupes qui pourtant agissent le plus pour ces quartiers. Imaginons une seconde que tous les élèves de ce groupe le quitte en pensant que « l’herbe est plus verte ailleurs », tout le monde irait dans les grosses « multinationales » à but lucratif et il n’y aurait plus personne pour assurer une qualité d’enseignement régulière dans les quartiers défavorisés. Le danger vient du fait que l’aspect marketing l’emporte que l’aspect social comme c’est un peu dans l’ère du temps…

Rede Capoeira France
© Rede Capoeira France

Je prône donc le respect mutuel et l’entraide entre les groupes, comme au temps où un groupe avait besoin d’un autre pour réussir son implantation en Île-de-France. On est toujours content d’être accueilli dans une roda ou dans un cours ou même de faire un stage dans un autre groupe et moins quand on est critiqué pour appartenir à tel ou tel groupe. Je ne dis pas ça pour discréditer qui que ce soit, mais pour inciter à la réflexion sur le but premier de la capoeira (enseigner des valeurs et pas seulement remplir un tiroir caisse.) Et puis, il faut être honnête, on écoute tous les mêmes CD de Mestre Suassuna, Mestre Barrão ou Carolina Soares et même Sergio Mendes feat. Stevie Wonder ou Black Eyed Peas disponibles maintenant sur iTunes et on se fiche de savoir quel groupe organise les rodas ouvertes à la Villette ! Sur ce, j’attends toujours le génie qui va créer l’application « Une roda en bas de chez moi » et qui parviendra à réunir à un endroit donné trois berimbaus, deux pandeiros, un atabaque, un agogo, un reco-reco et des gens pour jouer et taper dans les mains en un rien de temps !

Et vous, comment avez-vous découvert la capoeira ?

 

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