En quoi la danse m’aide dans la capoeira (Partie 2)

La suite de nos contributions de danseuses! Après les articles de Viva sur les étirements dans la capoeira (Partie 1 et Partie 2), voici un article sur ce que la danse apporte aux capoeiristas! Merci à notre contributrice Bailarina qui répond gentiment à nos sollicitations! Pour la première partie de l’article, c’est ici!

© Alexandre Guillaume 2015 www.alex-illustrateur.net
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Je vous disais donc que la danse m’a fait entrer dans la capoeira, et apporté au niveau de la discipline et de la souplesse… Mais elle m’a aussi apporté une conscience corporelle et une écoute musicale très utiles!

Commençons par la coordination: j’apprends depuis longtemps où se trouvent mon bras gauche, mon bras droit, ma jambe gauche, ma jambe droite, mon tronc, mon bassin, mes pieds, ma tête, mes mains, et dans le détail en plus, épaules, orteils, genoux et blablabla (voir anatomie du corps humain sur wikipédia). Et on me demande en plus de bouger tout ça, séparément ou ensemble, sur un rythme, avec esthétisme (en général, selon le point de vue de chacun) et même d’y mettre une émotion. Forcément, ça aide après pour faire une « meia lua », une « esquiva » et même un « macaco » (bien que j’aie beaucoup galéré pour celui-là).

Toute autre activité physique est un plus à partir du moment où l’on vous demande de bouger votre corps consciemment (sans parler de la musculature et de l’endurance en bonus). Un peu comme un guitariste qui aura sûrement plus de facilité au berimbau. Bien que ce soit très différent… ça reste de la musique.

Je prends un cours de capoeira comme je peux prendre un cours de danse, et là aussi j’y ai passé des heures. Le secret, c’est copier. Rechercher la sensation pour ne pas oublier vient après… Qui dit « danse » dit « chorégraphie », dit « enchaînement de mouvements », dit « mémoire corporelle ». C’est un bel avantage cette mémoire corporelle dans la capoeira et au final on l’a tous. Travaillez-la, en faisant de longues séquences par exemple. Ça vous permettra, lors d’un événement plus important, de pouvoir écouter le maître parler, plutôt que de répéter dans votre tête l’exercice ou de demander au voisin. Ainsi vous ne louperez pas toutes ces jolies phrases qu’ils aiment bien nous raconter pour nous expliquer quelque chose d’une manière totalement imagée et poétique.

Enfin, malgré tous les points positifs que je viens d’énoncer, être danseuse peut aussi être un désavantage pour la capoeira. Par exemple, la souplesse n’aide pas forcément. J’ai bien remarqué l’inefficacité de mes queixada, armada, meia-lua de frente et j’en passe. Comme je passe la jambe bien trop haut, en face vous me souriez tranquillement, sans esquiver puisqu’il n’y a pas besoin, et prêts à me balayer… Oui en fait, ça me demande un effort aussi de baisser la jambe (faut que j’y travaille) donc au final, la souplesse : pas toujours utile.

© Alexandre Guillaume 2015 www.alex-illustrateur.net
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Le désir d’esthétisme, ancré dans la plupart des danseurs (et chez moi), tue parfois cette originalité, ce côté primitif et instinctif que permet la capoeira. En plus de perdre l’essence du mouvement, le désir de contrôle est très fort et peut créer des blocages face à l’inattendu.

Tous les aspects qui profitent à la capoeira profitent surtout à un cours de capoeira… Mais dans la roda, il n’y a plus de règles (et il y en a tellement), c’est ça qui est particulier pour le danseur. Cela reste un art martial, une lutte pour la liberté où l’instinct est fondateur. Mais il y a aussi des règles pour pouvoir déjouer les attaques, et s’en servir au bon moment et de la bonne manière.

Chaque roda de capoeira porte encore l’histoire de sa naissance et de son parcours, qui sont très différents de ceux de la danse. Nous danseurs avons l’avantage d’une certaine maîtrise de notre corps, mais aussi l’inconvénient de devoir déstructurer beaucoup de fondamentaux pour créer autre chose, ou peut être redécouvrir l’essentiel! Le danseur a appris à appréhender son propre mouvement pour l’exécuter jusqu’au bout et là, de ne plus le préparer, de devoir le transformer pour ne pas se prendre une grosse meia-lua dans la tronche, bah c’est déstabilisant.

Est-ce plus facile de construire sur un terrain neutre ou de réaménager voir démolir une ancienne structure bien qu’elle ait de très belles poutres? Je ne sais pas, je n’ai en moi que mon expérience. Mais ce que je sais, c’est qu’il faut faire avec ce qu’on a et continuer de chercher ce qu’elle est, car elle en vaut la peine, sacrée capoeira.

Et pour conclure et répondre à certains préjugés, je vous assure que si les courbatures ne sont pas les mêmes, danseur ou pas, on souffre pareil!!! Salve!

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