Concours Red Bull Paranauê

Un article de Santinha, Saint Etienne, Nouvelle contributrice SouCapoeira! Envoyée spéciale à Rio de Janeiro

Capoeira Movies
© Capoeira Movies

Le 5 janvier 2016, Mestre Cobra Mansa du groupe de capoeira Angola FICA a publié une « note de positionnement » des représentants de FICA à Sao Paulo sur son compte Facebook concernant l’événement « Red Bull Paranauê ». Cet événement est présenté comme le concours qui va élire le « capoeiriste le plus complet du monde ».

Je résume ici les principaux éléments de sa publication (les parties directement traduites issues du texte original sont ici en italique).


Concernant le règlement du concours, repris par Cobra Mansa dans sa publication :
Les capoeiristes ont été évalués par des mestres, sur des jeux de styles Angola, Regional ou Contemporaine (deux styles tirés au sort par compétiteur).
Chaque participant a effectué 2 jeux de 40 secondes dans 2 des 3 styles, préalablement tirés au sort sur des toques de Angola pour le style Angola, São Bento Grande da Regional pour le style Contemporaine et Iúna pour le style Regional.

Mestre Cobra Mansa Mestra Janja
© Mestre Cobra Mansa & Mestra Janja © SouCapoeira2014

Les mestres participants sont de grandes personnalités telles que Jair Moura, Itapoá, Jogo de Dentro, Nenel et João Grande. Mestre Jogo de Dentro et Mestre Lua Rasta ont évalué les jeux Angola, Mestre Itapoã et Mestre Nenel les jeux Regional et Mestre João Grande et Jair Moura étaient invités d’honneur.

Dans cette note les représentants de FICA-SP soulèvent un certain nombre de questions qui peuvent être rassemblées en trois grands points :

Première interrogation – Cobra Mansa met en doute la capacité de l’événement à élire le « capoeiriste le plus complet du monde » et questionne le concept en lui-même :
-Comment définir le capoeiriste le plus complet du monde?
-Tous les capoeiristes, de tous les styles ont pu participer, mais le capoeiriste le plus complet est celui qui a été jugé le meilleur « joueur » par les jurys dans les deux styles qu’il a tiré au sort et qu’il a dû jouer.

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-De ce fait, un « angoleiro » a pu jouer et être évalué sur un jeu « regional » et un jeu de capoeira « contemporaine » s’il les a tirés au sort. De même un pratiquant de la Regional de Bimba a dû jouer 40 secondes du style « Angola » et 40 secondes de « contemporaine.En 40 secondes, est-il possible d’évaluer le capoeiriste le plus complet du monde ?
-Les Mestres ne peuvent pas participer. Le « Capoeiriste le plus complet du monde » peut-il être plus complet qu’un mestre de capoeira ?

 

Deuxième interrogation : En encourageant l’entraînement conjoint des trois styles, ce type de compétition peut entraîner une perte des styles traditionnels.
-L’appui direct ou indirect de mestres de styles plus traditionnels à cette compétition peut d’ailleurs encourager les élèves de ces styles à participer à ce type de compétition. Comment leur mestre réagirait-il dans ce cas ?

-Si les pratiquants des styles les plus traditionnels (Angola et Regional) décidaient de participer à ces compétitions, devraient-ils alors commencer de s’entraîner à jouer les autres styles de Capoeira afin d’être complets dans ces styles ?

-Que va-t-il advenir des styles de Capoeira d’ici 15 à 20 ans si ce phénomène se poursuit ?

 

Troisième interrogation : Quid des Mestres Angola qui participent à l’événement et l’importance du positionnement des leaders ?

Il existe des mestres de Capoeira Angola, qui participent à cet événement, qu’ils le soutiennent ou non. Le cas des mestres qui le soutiennent soulève la question du soutien financier.

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Certains capoeiristes débattent sur les réseaux sociaux sur la nécessité de comprendre que les mestres ont besoin de subvenir aux besoins de leur famille et de leurs écoles.
Il n’y a aucun problème d’être pour ou contre. Cependant, il est nécessaire que celui qui se positionne maintienne sa position en toute circonstance. Par exemple, quel modèle serait un mestre qui critiquerait l’événement devant ses élèves mais qui, en même temps, s’y rendrait pour apporter son soutien ou pour y être juge ? Ce ne serait pas la première fois que cela se produit.
Le leader doit être un modèle. D’ailleurs, Mestre Pastinha disait déjà, de manière métaphorique, que « la Capoeira est pour tout le monde, mais tout le monde n’est pas pour la Capoeira ».
Nous avons besoin de leaders qui aient le courage d’agir en conformité avec les actions qu’ils jugent correctes ou incorrectes, sans conflit, peu importe leur position.

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Nous, FICA-SP, ne sommes pas contre ceux qui se positionnent mais nous espérons qu’il y ait une cohérence dans leur discours. Nous savons notamment que les styles Angola et Regional sont des styles forgées dans un mouvement sociopolitique et peuvent ne pas représenter, dans sa totalité, l’idée de la Capoeira Primitive qui existait avant que ces deux styles ne soient définis. Mais nous avons besoin de penser ce que nous allons défendre, avec une pensée critique. En effet si rien n’est défendu sous prétexte que rien n’est réel ni authentique ou que nous ne connaissons pas vraiment l’histoire…alors toute la lutte politique, depuis le mestre Pastinha, disparaîtra facilement.
Ils existent divers arts qui ont tout bonnement disparu, comme par exemple le Batuque qui en théorie a précédé la Luta Regional Baiana, ou encore la Tiririca, la Pernada Carioca…

Nous, en tant que leader, nous devons nous positionner.

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Les leaders et personnalités ne devraient pas rester en haut du mur et craindre de se faire lyncher par l’opinion publique. La force du leader et la reconnaissance qui nous a été confiée par les plus anciens et par la communauté devrait être suffisante pour avoir une opinion déterminée.

Nous devons analyser les petites actions de notre temps, en évaluant de manière historique les changements qui se sont opérés et en cherchant à projeter nos choix et positionnements sur les générations futures qui choisiront de défendre les caractéristiques d’une lignée, d’une tradition afin qu’ils comprennent tout en continuant de se référer à de vieilles métaphores.

Serait-ce la mort de la pensée de la Capoeira pour laquelle vous-même avez tant lutté pour la construire et la maintenir ? Pastinha a-t-il préconisé un relâchement, un fléchissement de la morale dans ses manuscrits ?

 

Le 10 janvier, mestre Ferradura (Marrom e alunos) a rédigé à son tour une note concernant cet événement,

Stage Mestre Ferradura

publié sur le site « capoeira Rio de Janeiro ». Il organise son propos autour de quatre arguments en faveur de la compétition organisée par Redbull et un contre. Comme précédemment les parties directement extraites du texte du mestre sont ici en italiques.

1er argument POUR – la compétition dans la capoeira ce n’est pas une nouveauté !
Mestre Ferradura cite différentes compétitions qui ont existé dans le monde de la capoeira :
Mestre Bimba, les élèves de Sinhozinho dans les années 1930,
compétition de berimbau entre Mestre Gato Preto et Canjaquinha
le groupe Senzala dans les années 1960.
Il explique à quel point ces événements ont participé au développement de la capoeira, à lui donner une notoriété.

 

2e argument POUR – Il existe toujours LE MEILLEUR

Être le meilleur est subjectif, de fait, ce qui mieux pour l’un ne l’est pas pour l’autre, ce que nous trouvons bien un jour, ne l’est plus forcément le jour suivant. Néanmoins, chaque jour, à chaque instant nous prenons des décisions basées sur des jugements de valeur subjectifs :

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« Qu’est-ce qui est le meilleur à cet instant ? Café ou jus ? Cinéma ou livre ? ». Si vous demandez à quelqu’un à la fin d’une roda, « selon toi quel a été le meilleur jeu de la roda? », vous aurez probablement plusieurs réponses différentes, mais chacun juge en se basant sur ce qu’il a vu et se qu’il a trouvé être le mieux, selon ses critères personnels. La capoeira est un art et l’appréciation d’un art est toujours subjective.

Quel est le problème de reconnaître le MEILLEUR ?
On ne doit pas avoir peur de dire que l’on considère quelqu’un comme étant le meilleur dans son domaine […] Être le meilleur n’est pas une honte! Moi, en tant que capoeiriste, je dois reconnaître qu’il y a beaucoup de gens meilleurs que moi, dans de nombreux aspects ! Meilleur en chant, en jeu, en berimbau….et c’est super ! Je peux apprendre avec eux !

 

3e argument POUR – l’ancestralité et l’exemple des anciens.
De nombreux mestres anciens sont présents au Red Bull Paranauê, à commencer par Mestre João Grande et Mestre Jair Moura, mais également Mestre Nenel et Mestre Itapuã,

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© naoempreendo.com.br

ainsi que Mestre Jogo de Dentro, Mestre Virgílio, Mestre Lua Rasta et d’autres.
Estimer que les Mestres les plus anciens se font tromper ou qu’ils se vendent revient à ignorer l’intelligence, la vision du monde et la capacité critique de nos ancêtres culturels. S’ils sont présents à cet événements c’est qu’ils estiment l’idée et le concept comme quelque chose de positif pour la Capoeira en général, même s’ils n’appliquent pas forcément la même idéologie dans leur travail respectif.

 

4e argument POUR – la visibilité donnée à la capoeira par cette médiatisation.
Le skate, le surf, le Jiu Jitsu, le MMA et même la samba, le rap, le hip-hop ou encore le rock sont des mouvements de masse dont les pratiquants,

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© redbull.com

lorsqu’ils y ont été médiatisés, se considéraient puristes et affirmaient que la médiatisation tuerait l’âme de leur art. Et que s’est-il passé ? Exactement le contraire, une visibilité immense qui a permis une avancée des artistes.

Peu importe qui sera champion de la compétition, il va continuer d’être un capoeiriste équivalent, meilleur ou moins bon qu’un autre. Et l’avantage c’est qu’indépendamment du champion, tout le monde va sortir gagnant, y compris celui qui critique.

 

Argument CONTRE – l’appui au système capitaliste.
Red Bull

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est une entreprise qui fait partie du système capitaliste, dont l’objectif est uniquement de générer des bénéfices. Si vous ne voulez pas soutenir le capitalisme, alors ne soutenez pas Red Bull! Mais rappelez-vous que Petrobras est sponsorisé par de l’argent sale d’autres entreprises capitalistes […], que votre smartphone a été construit par une main d’œuvre semi-esclave dans un pays asiatique et qu’absolument tout ce que vous mangez ou portez a été produit dans une logique d’exploitation de l’homme par l’homme. On ne vit pas dans le monde réel sans tomber dans des contradictions, les questions complexes ne sont pas résolues par des réponses simples.

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