Institutionnalisation de la Capoeira

Qu’est ce qui a favorisé son développement et son expansion au Brésil ?

Julien Terrin : C’est l’émergence de la Capoeira comme sport ou pratique culturelle qui a favorisé sa sortie de la marginalité.

Cette institutionnalisation de la Capoeira n’est pas le fruit d’un hasard ou encore de la seule bonne volonté des maîtres de cet art. Leur rôle est fondamental mais il faut rappeler qu’ils n’agissent pas en groupes réduits et hors de tout contexte, comme le laisse parfois entendre la documentation produite par les acteurs du champ de la Capoeira. En effet, comme ce fut le cas pour de nombreux arts martiaux et sports de combats dont la pratique se stabilise à partir de la fin du dix-neuvième siècle, le contexte politique de construction nationale et régionale puis des enjeux touristiques interviennent comme facteurs clés de la construction des luttes nationales et du sens qu’elles prennent dans l’imaginaire collectif. Il faut donc prendre en compte un triptique regroupant les pratiquants, les acteurs économiques et politiques et les intellectuels.

Pour la Capoeira, on retient souvent les noms de Manuel Dos Reis Machado (Mestre Bimba) et Vicente Ferreira de Pastinha (Mestre Pastinha), acteurs principaux de la première phase de modernisation et d’expansion de la Capoeira (1930-1960). Même si leurs visions différaient, leur objectif était le même à savoir « éduquer » la Capoeira pour en faire une pratique internationalement reconnue.
Ces deux maîtres se distinguent particulièrement car ils surent profiter du contexte politique ultra nationaliste des années 1930-1945 pour sortir la Capoeira de la rue. Elle gagne ainsi l’espace public et commence à se pratiquer au sein d’académies. Pourtant ils ne furent pas les seuls à travailler à ce grand projet. De nombreux maîtres restèrent dans l’ombre de ces deux figures légendaires malgré le rôle qu’ils jouèrent dans ce premier mouvement modernisateur.

Sources : Julien Terrin, anthropologue, a réalisé en 2011 un mémoire de recherche intitulé : Salvador de Bahia, la Mecque de la Capoeira. Cet extrait provient d’une interview réalisée par Julien Bouisset lors de l’évènement à la Cité de la Musique, « Capoeira : danse et combat », le 12 février 2012

Vous pouvez la retrouver ici: http://www.mondomix.com/news/julien-terrin-aujourd-hui-la-capoeira-est-pratique-en-grande-majorite-dans-des-milieux-aises

 

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